mercredi 27 décembre 2017



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BONJOUR A TOUS ET A TOUTES ! 


VOILA QUELQUES MOIS DEJA QUE LE BLOG A MIGRE POUR S'OFFRIR UNE PETITE BEAUTE !!

REJOIGNEZ-NOUS SUR : LES PLUMOTS !

VOTRE DEVOUEE RAPHIKI


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mercredi 9 août 2017

Fratricide - Patrice QUELARD



Ravie de vous retrouver pour cette nouvelle année avec, dans ma valise à bouquineries, le petit dernier des Editions Les Amazones, FRATRICIDE, paru en ce début de février. Un roman assez « balèze » de 600 pages, à la couverture soignée et gommée (un peu façon Calmann Lévy), signé Patrice QUELARD.  Mais pour l’heure, laissez-moi vous présenter cette plume confirmée et engagée.

L’histoire de la naissance de cet ouvrage est, somme toute, peu commune. Du moins, en ce qu’il n’a pas suivi la voie ordinaire de la chaine du livre qui consisterait à le diffuser en grandes pompes sous format papier puis (ou simultanément) direction nos liseuses. Le digital ayant bouleversé quelques habitudes des lecteurs, certaines maisons « généralistes » et bien implantées sur le marché, on finit par prendre, à l’occasion, quelques déviations en privilégiant la dématérialisation. C’est ainsi que, France Loisirs, via son Prix des Lecteurs Nouvelles Plumes 2013, accoucha de ces quelques finalistes dont, accrochez-vous, DESTINS FRATERNELS (qui n’est autre que FRATRICIDE !). WHAT’S THE FUCK ? Il n’y a pas comme qui dirait un bond de quelques étages au niveau sémantique là ?!! Début de preuve, s’il en est, des limites imposées à la liberté de l’auteur. Bref, tout ce qui importe c’est que FRATRICIDE soit bel et bien arrivé à nous, lecteurs exigeants et affamés, en « chair et en encre ».

Patrice QUELARD, un Auteur qui n'a pas sa Plume dans son Encrier



En bon breton, Patrice QUELARD est tout autant voyageur impénitent qu’attaché à sa terre natale. Passionné d’Histoire (comme nous le démontre d’ailleurs son actualité foisonnante et la sortie de sa trilogie sur les Cathares, CATHARSIS), et particulièrement des petites histoires dans la Grande, cela ne l’empêche pas de convoler avec les littératures de l’Imaginaire.

Dès son plus jeune âge, son vénérable professeur de français, comme il l’appelle, disait de l’élève qu’il était : « De la facilité de style, mais il faut parfois s’en méfier ! », conseil qu’il a pris longtemps au pied de la lettre, gardant pour lui sa versatile et abondante production, avant de se décider finalement à la partager (n’y tenant plus ?).

Côté production justement, le panorama est plutôt vertigineux et on se demande si M. QUELARD n’aurait élevé une armée de clones au fin fond de son antre, tellement le volume est conséquent. Constat qui vous ferait presque vous sentir misérable quand, Vous, vous ne parvenez pas à vous remettre à vos trois derniers feuillets depuis des semaines. En une révolution terrestre (pour les puristes), soit en 2016, on ne compte pas moins d’une bande-dessinée L’Année de Bar & Mulet, une pièce de théâtre La Famille Adan, deux romans et six nouvelles !

Au fil des publications, Patrice QUELARD s’est imposé par sa plume libre et poétique, son humour grinçant mêlant une réflexion sans concession sur la société actuelle et sur la condition humaine. C’est d’ailleurs dans cette lignée qu’il signe son premier roman, FRATRICIDE, plaidoyer bouleversant pour la paix.

FRATRICIDE, Une Epopée aux Confins de l'Humanité et de la Sauvagerie


1915. Premier Grand Conflit Mondial.
James Mac Kendrick est nord-irlandais et catholique. Sur un coup de tête, il s’engage dans une unité de soldats protestants de sa province et va découvrir que son pire ennemi n’est peut-être pas là où croyait le trouver.
Emile Buffet est un conscrit français et un jeune homme bon vivant, transpirant l’assurance. Face aux horreurs de la guerre, il tente de résister jusqu’au jour où une lettre lui parvient et le fait vaciller.Ludwig Halpern est un sous-officier allemand promis à une carrière militaire d’exception et fait partie des rares à trouver une certaine forme d’épanouissement personnel dans cette guerre.
Ces trois hommes l’ignorent encore, mais la barbarie de la guerre et de ses marionnettistes va lier leurs destins à tout jamais.
Je me lance et n'y tiens plus. C'est le cri de l'amazone férue de littérature et la fierté de l'éditrice qu'il faut ici entendre. Dès la lecture des premières pages, nous n'avons pas hésité une seconde, Fratricide c'était une évidence et une aberration qu'une telle œuvre soit encore vierge de tout éditeur.
Ce roman fait la part belle à ces liens fraternels parfois cruels et infinis en dénonçant avec une plume désinvolte et riche à souhait la sauvagerie et la démagogie des marionnettistes sans scrupule, instigateurs de ce "génocide" organisé que fut la première guerre mondiale. Pas de pathos pour autant ou de ton larmoyant, mais un vent de révolte. Nos trois héros ont rendez-vous avec le cercle des illusions perdues. Patrice nous invite à partir à la rencontre d'une galerie de personnages savoureux et hauts en couleur, à nous plonger dans une épopée aux confins de la Barbarie et de l'Humanité.

Note : 5/5



samedi 11 juin 2016

Malefico - Donato CARRISI


Ciao Dolce Vita !


Cap sur le petit dernier du maître du thriller à l'italienne, j'ai nommé Donato CARRISI bien sûr ; dont le nom se propage à une allure folle sous la plume des critiques littéraires depuis Le Chuchoteur, son chef d’œuvre, sans conteste. 

Allez, je vous concède un petit « spoiler » pour les plus accros : l'auteur a lâché la bombe à l'occasion d'un concours sur les réseaux sociaux, très prochainement, nous aurons le plaisir de le retrouver dans La Fille dans le Brouillard. Pour l'heure, nous nous intéresserons aujourd'hui à Maléfico, suite s'il en est du Tribunal des Âmes.



***

Marcus est un pénitencier. Un prêtre capable de déceler le mal enfoui en nous. Mais il ne peut pas toujours lui faire barrage. Sandra est enquêtrice photo pour la police. Elle photographie les scènes de crime et ferme parfois les yeux. Face à la psychose qui s'empare de Rome, ils vont unir leurs talents pour traquer un monstre. Ses victimes : des couples. Une balle dans la nuque pour lui. Une longue séance de torture pour elle.

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Un Architecte de Génie


Ce petit pitch étant fait, autant vous dire que la réalité va bien au-delà de la forme un peu simpliste du résumé. Comme à l'ordinaire avec CARRISI, il n'est pas question ici d'un énième polar qui, aussi distrayant puisse-t-il être, ira vite se noyer dans la marée de romans noirs qui sort chaque année pour finir par s'échouer sur vos étagères poussiéreuses.

Ce qui rend si spécial l'auteur est ce sens profond pour la véritable littérature, sa forme, sa richesse voire parfois sa technicité. Chacune de ses productions, derrière cette trame policière, renferment de véritables petits joyaux qui éveilleront les lecteurs du dimanche et rallieront les plus avertis et amoureux du classicisme à ce genre, plus contemporain.


Sur les Pas de l'Enfant de Sel


Au milieu de nulle part, à une heure interdite, de jeunes tourtereaux aux cœurs battants et aux sens émoustillés, s'apprêtent à se donner en amour. Enveloppés par les bras réconfortants d'immenses conifères, ils sont à mille lieux de Le distinguer, tapi dans l'ombre.

Depuis quelques temps, un maniaque hante les tréfonds de Rome et agite le Vatican en massacrant tous les jeunes amoureux qui auront le malheur de croiser son chemin. Plus que dans l'assouvissement d'instincts sanguinaires, sa perversion se concentre sur un seul et même dilemme : confronter les amants à leur lâcheté respective et souiller leur amour naissant en les poussant à commettre l'innommable. Tué ou être tué, voici le deal maléfique.

L'agent Sandra Véga, photographe de la brigade criminelle et spectatrice privilégiée de ses exhibitions machiavéliques décide de mener l'enquête, bientôt rejointe par Marcus, un pénitencier solitaire et amnésique, vieille connaissance au passé trouble. Leurs investigations communes et les détours empruntés vont bientôt les mener sur les traces de l'Enfant de Sel, tueur énigmatique et évanescent, bénéficiant, à son insu, d'une protection inexpliquée.

***

Nul doute que l'on ne saurait s'arrêter là pour rendre hommage à cet ouvrage. L'intrigue policière s'analyse ici comme un savoureux prétexte pour aborder une problématique plus large, celle de la frontière entre le Bien et le Mal, cette ligne fragile à laquelle nous passons notre existence à nous accrocher tels des funambules. Les verrous en apparence inébranlables des hauts conciles sautent un à un et les desseins exubérants et horrifiques de quelques savants fous nous sautent au visage.

Le lecteur haletant est incapable d'arrêter sa lecture effrénée, captif de cette éloge à la cruauté et criante d'humanité. Les codes sociaux et moralisateurs instaurés comme des garde-fous se brouillent et lui font entrevoir toute la complexité de l'âme humaine.

C'est avec une esthétique à la Guillermo Del Toro, un suspens à la Seven, une documentation fournie et un style presque poétique que Donato Carrisi nous invite à nous interroger sur nos limites personnelles.


Note : 4/5

mercredi 8 juin 2016

Des Noeuds d'Acier - Sandrine COLLETTE


La Cabane au Fond du Jardin

Si mes bouquinesqueries ne sont, de manière générale, pas dictées et guidées par quelque récompense notable, aujourd’hui, nous mettons le cap sur le Grand Prix de Littérature Policière 2013 à savoir, Des Nœuds d’Acier de Sandrine COLLETTE (plume encore inconnue au bataillon), née en 1970 et universitaire à Nanterre. Un captivity thriller petit format de 282 pages, édité chez Le Livre de poche (et initialement aux Editions DENOËL, une maison du groupe GALLIMARD).
(Côté maquettage, petit clin d’œil pour cette initiative à l'éditeur qui nous offre en édition limitée, une illustration très soignée et travaillée, contrairement à ce que se veut l’esprit même du livre de poche d’ordinaire). 




C'est Arrivé Près de Chez Vous ...


Avril 2001. Dans la cave d'une ferme miteuse, au ceux d'une vallée isolée couverte d'une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave.
Une histoire vraie ? Le livre se présente comme un travail de reconstitution, ensemble de notes compilées et romancées du condamné. Si, en réalité, le cœur de l'ouvrage relève bien de la fiction, il fait écho à de nombreuses affaires similaires et à la cruauté humaine, si l'on peut encore parler d'humanité à ce stade.
Un détachement s’opère d’entrée de jeu puisque notre héros ne vaut pas beaucoup mieux, éthiquement parlant que ses cerbères. En effet, sans aller jusqu'à parler de morale, Théo Béranger se trouve dans la position délicate de l'arroseur arrosé, un prédateur, tout juste sorti de prison pour avoir torturé son frère (je vous laisse en découvrir les motifs), aux prises, à son tour, avec deux infâmes et tous aussi surprenants bourreaux. 
L'horreur n'épargne personne.


Ma Dignité, Longtemps J'ai Voulu Te Garder


L’ouvrage se découpe en plusieurs parties correspondant chacune à une étape différente dans la progression de la déshumanisation du personnage principal. 
On passe de l’indignation à la colère, de la colère à la machination, de la machination à la résignation, de la résignation à la soumission voire même parfois à la domestication la plus absolue (l’auteur fait à cet égard un bon usage du champ lexical canin).
Le style est très intelligible et abordable, presque économique mais toujours percutant. On ne s’incommode pas de futilités et de détails, Sandrine COLLETTE nous emmène directement à l’essentiel ; ce qui pourrait paraître fort regrettable mais qui s’avère nécessaire dans pareil contexte pour garder le lecteur en haleine.
On côtoie l’abject, les immondices avec une normalité déconcertante. 
L’irrationnel, l’impensable finit par devenir le pain quotidien et ordinaire, ce qui à mon sens est le véritable berceau de l’horreur dans cet ouvrage, ce qui fait en somme figure d’abdication irrévocable.
Le spectateur démuni ne peut s’empêcher de se révolter contre le héros qui se répand docilement dans un esclavagisme éhonté ; qui, à bout de force et de cervelle, se perd dans la tourmente du syndrome de Stockholm et se surprend même à quémander la reconnaissance de ses « maîtres » entraînant dans son renoncement pathétique, dans cette chute sans précédent, le peu d’humanité à laquelle il se raccrochait. 
Un thème plutôt classique du genre et souvent abordé lorsque l’on traite des affaires de séquestration, en général.

La plume de l’auteure charrie les confins de la folie. 
Si l’on ne s’attend évidemment pas à un dénouement très heureux et surprenant, Sandrine COLLETTE sait cependant garder le lecteur happé en déplaçant habilement le curseur de notre attention. 
En effet, l’intrigue est menée de telle façon à ce qu’il ne soit plus fait grand cas du devenir du personnage qui, il faut bien l’admettre, nous parait perdu d’avance, mais plutôt qu’il soit fait une étude minutieuse de la fragilité de la condition humaine.
Plus qu’un roman, une véritable fresque sociologique voire même philosophique, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Étrangement et contrairement à toute attente, au lieu de me miner, ce livre m’a insufflé, dès les premières pages, une terrible soif de vivre et une nouvelle prudence pour mes excursions pédestres à venir.


Note : 4/5

Le Prisonnier du Ciel - Carlos RUIZ ZAFON


Le Petit Prodige du Pavé Barcelonais

« Ecrire un roman, c’est comme construire une cathédrale, tout est une question de technique », Carlos R.Z.

L’histoire del niño qui voulait décrocher les étoiles
Issu d’un milieu populaire, le petit Carlos, né en 1964 sur les terres industrielles et misérables de Barcelone, avait déjà des rêves plein la tête et une détermination à toute épreuve : devenir un romancier au rayonnement international.
Très tôt, il est bercé par les grands patrons dont Aristote, Thomas Mann, preuve en est que la culture reste accessible et donc pas d’excuses pour les plus réfractaires. Selon lui, la littérature doit être perçue comme la « clé pour échapper à la pauvreté et à l’ignorance ».

Une plume couronnée de succès
A 29 ans, il migre Outre Atlantique, direction le rêve américain. 
La gloire aura pris quelques libertés avec notre ami concernant leur grand rendez vous, cette dernière le propulsant au sommet à l’aube de la quarantaine.
L’Ombre du vent, son premier roman, a reçu le prix Planeta, celui du Meilleur livre étranger pour la catégorie Roman et s’est vendu dans le monde entier à des milliers d’exemplaires.


Le Prisonnier du Ciel, Tome III

L’œuvre s’inscrit dans une saga (parue aux Editions Robert Laffont), Le Cimetière des livres oubliés des commencée depuis 2009 avec L’Ombre du Vent et le Jeu de l’Ange, les deux premiers volets.
Comme nous le rappelle Zafon, les divers volumes de la série peuvent être lus séparément et dans l’ordre qui vous plaira. Ces derniers permettent au lecteur d’explorer le labyrinthe d’histoires en y accédant par différentes portes et différents chemins qui, mis bout à bout, le conduiront au cœur du récit.

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Barcelone, 1957.
La sonnette tinte sur le seuil de la librairie Sempere. Le client s’approche de Daniel en boitant. L’objet de sa visite ? Un magnifique exemplaire du Comte de Monte-Cristo…
Qu’il laisse à l’attention de Fermin, en congé, accompagné d’un curieux message du passé.C’étaient les heures noires du franquisme : à la prison de Montjuic, parmi les damnés du régime, Fermin portait le numéro 13.Les fantômes refont surface. Dans l’ombre, le Cimetière des Livres Oubliés cache toujours son secret…

Six Pieds Sous Le Rêve

L’intrigue prend le temps de se lancer en douceur, le décor est idéal. Tout commence au cœur d’une librairie centenaire, Sempere & Fils ; une aventure familiale de la Barcelone d’après guerre, encore traumatisée par les horreurs du franquisme.
Les protagonistes sont authentiques, à l’image de l’écriture de Carlos Ruiz Zafon, avec ce voile de pudeur qui interpelle et promet des confidences "ébranlantes". 
Daniel (Sempere fils), coule des jours heureux et tranquilles aux côtés de sa petite fratrie et de son ami très cher Fermin. Jusque là rien de très extraordinaire, un portrait de famille assez commun.
Au moment même où l’on commence à s’installer confortablement dans ce cocon que l’auteur nous a créé, coup de théâtre, une visite indésirable vient sonner le glas de notre retraite, porteuse de message intrigant et menaçant : « Pour Fermin Romero de Torres, qui est revenu d’entre les morts et détient les clés du futur ».
Peu à peu, les secrets se dévoilent et remontent à la surface, telles des bulles de savon. Un coup de pied a frappé la fourmilière qui s’agite et se bouscule auprès de Fermin, destinataire de l’étrange dédicace, en s’interrogeant sur la nature de cette intrusion et sur l’implication de ce dernier ce retournement chaotique.
Alors que Fermin apparaît dès le début du récit comme un trublion pétillant et cynique, au verbe impeccable, la venue du mystérieux messager le renvoie dans les tréfonds peu glorieux d’un passé douloureux, à l’occasion duquel l’accent est mis sur une facette plus sombre de sa personnalité et sur la découverte d’un monde littéraire enfoui, de mensonges qu’il pensait étouffés à jamais.

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Ce que j’ai trouvé absolument délicieux dans l’écriture de Carlos Ruiz Zafon réside dans cette facilité qu’il arbore à ramener la langue (dans tous ses états) et ses nombreux paysages au devant de la scène, une quête honorable et une réhabilitation heureuse qui se fait de temps à autres au prix de quelque sacrifice syntaxique.
Cet amoureux des livres et des classiques évanouis dans les gouffres de la mémoire collective, prône son engouement pour le monde papier avec une insolence presque indécelable.
On ne peut pas passer à côté de son émerveillement face à ces vieilles librairies secrètes, recelant mille trésors, ce plaisir du dénicheur compulsif. On prend plaisir à se laisser entraîner sur les traces d’écrivains fantasques, réels ou non au travers des ruelles animées de Barcelona.
Tout n’est que poésie susurrée et parfois simplement suggérée.
Une ode à l’amour véritable de la littérature romanesque.

Note : 4/5

lundi 6 octobre 2014

Un Intérêt Particulier Pour Les Morts - Ann GRANGER

Un Policier dont les Anglais gardent jalousement le secret.


Patricia Ann GRANGER – Un nom qui fait de plus en plus parler de lui sur le Continent avec le succès international des aventures de Lizzie Martin, dont le livre présenté constitue le premier volet.

Au moment où mes yeux se posèrent sur la première de couverture, l’affaire était conclue. Comment résister à la finesse de l’illustration et à cette accroche à la fois cinglante et circonspecte. Un professionnalisme graphique propre à la collection « Grands Détectives »  10/18 de M. Zylberstein. Car tout n’est en réalité qu’histoire de séduction, d’autant plus en matière de littérature où, à mon grand regret, l’attention et le soin apportés à cette « vitrine » sont souvent négligés.

Les appréciations esthétiques mises à part, il est temps de nous munir de nos deerstalkers et de nos loupes et d’aller glaner quelques indices au dos de cet ouvrage qui se veut bien mystérieux.


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« Londres, 1864. Lizzie Martin accepte un emploi auprès d’une riche veuve dont la précédente dame de compagnie s’est enfuie avec un inconnu. Mais quand le corps de la jeune fille est retrouvé dans le chantier de la gare de St Pancras, Lizzie décide de mener sa propre enquête. Elle pourra compter sur l’aide d’un ami d’enfance devenu inspecteur, Benjamin Ross, pour découvrir la vérité sur la mort de cette femme… dont le sort semble étroitement lié au sien ».

Tous les ingrédients sont réunis : un cadre victorien idyllique, une aristocratie bouffie d’hypocrisie sur fond de misère sociale… et le plus relevé de tous, un détective tenace grimé sous les traits d’une jeune provinciale à la curiosité exacerbée.

L’intrigue se lance rapidement avec l’arrivée, quelque peu chaotique, de notre héroïne sur le sol londonien et le périple du lecteur avec. La narration interne employée par l’auteure et la justesse de la description psychologique de Lizzie ont pour effet de nous transporter directement en ses lieux et place. On perçoit au fil des pages le travail constant et maitrisé de l’écrivain, le rythme, sans être soutenu, connait une progression régulière et l’investigation s’étoffe avec délice. Le Cluedo pose subtilement, non sans quelque ironie, ses fondations et notre désir de croiser le fer avec l’instigateur de cette fresque macabre va grandissant.

Aussi captivante que fût l’expérience Lizzie Martin et malgré un sens aigu des codes du genre, on pourrait cependant regretter les détours empruntés pour mettre en scène le personnage, moins charismatique de Benjamin Ross, qui partage pourtant l’affiche avec notre enquêtrice en herbe, plus lourds et maladroits.

Reste que cette charmante série promet de bons moments de détente.



Note : 3,5/5

lundi 16 juin 2014

Métamorphose en Bord de Ciel - Mathias Malzieu

Rencontre Avec un Déplumé à Succès


Ex -Compagnon de notre jolie et pimentée Olivia (merci à Roxou pour l'info), figure incontournable du groupe de rock français Dionysos, Mathias Malzieu est un véritable touche à tout.
Après une carrière avortée dans le tennis et des études de cinéma, il s’illustre depuis quelques années dans le rôle d’auteur décalé.
Pour illustration, La Mécanique du Cœur, ouvrage surréaliste aux allures de conte burtonien, et adapté depuis peu sur le grand écran.
Une des grandes particularités qui me font apprécier cet auteur réside dans cette transposition de l’œuvre romanesque aux textes musicaux…
Ses histoires ne connaissent pas de barrières liées aux différents genres artistiques, tout n’est que continuité du rêve.

Le Perchoir Aux Mille Possibles


Métamorphose en bord de ciel est paru aux éditions Flammarion en 2011 pour la première fois puis en format de poche en 2012 aux éditions J’ai lu, ce qui vous permettra de vous offrir cette petite pause de douceur d’une centaine de pages pour la modique somme de 5,60 Euros.
Tom Cloudman a toujours rêvé de voler, il en est devenu le plus mauvais cascadeur du monde.
_Ses performances de voltige se terminent invariablement au sol.
Au moment où on décèle chez lui une maladie incurable, Tom rencontre une étrange créature mi-femme, mi-oiseau, qui lui propose ce pacte : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela n’est pas sans conséquence… »._
Avec ce titre Mathias Malzieu persiste et signe en affirmant toujours un peu plus son univers burlesque et merveilleux.
On parcourt ses lignes avec un regard d’enfant émerveillé et ses mots s’impriment dans nos esprits comme des promesses d’horizons qu’ils nous étaient inimaginables d’entrevoir à nouveau.
Qui n'a jamais souhaité s'envoyer dans les airs pour quelques numéros de haute voltige ?

Le Temps d'un Battement d'Ailes

Sa recette : Un style poétique et onirique flirtant avec le monde de l’absurde si cher à d’autres grands auteurs français, l’œuvre et l’écriture de Mathias Malzieu n’est pas sans rappeler de temps à autre le génie de Boris Vian.
L’identification du lecteur aux personnages est évidente, pas de place ici pour les supers héros mais seulement à ceux qui, portés par leurs rêves les plus fous et une soif de vivre incommensurable, finissent par en revêtir justement l’étoffe.
Se dégagent des liens ficelés tout au long de l’intrigue une sensualité savoureuse et une vérité désarmante malgré les obstacles dont est jonchée la vie réelle s’il en est une.
Mathias Malzieu joue davantage avec la psychologie de ses pantins qu'avec les péripéties qu'ils rencontrent.
Si l'intrigue reste bien ficelée et qu'on ne s'ennuie pas, reste qu'il est difficile de transposer à l'écrit l'impression que l'ouvrage nous laisse tant sa réalité nous échappe, raison pour laquelle je prends le parti ici de ne pas vous en mettre des tartines qui risqueraient d'être superflues.
Un conte délirant et évanescent à savourer sans modération qui s’inscrit dans la lignée des précédents et est à la hauteur de nos attentes.


Note: 4/5

mercredi 4 juin 2014

Le Chuchoteur - Donato CARRISI



Après une absence de plusieurs mois, j’entrouvre ici une parenthèse littéraire, témoin d’une rencontre hors du commun avec un virtuose du thriller italien, Donato CARRISI, dont le patronyme n’échappera certainement pas aux amateurs du genre et qui m’a complètement envoûtée.

Né en 1973, Donato CARRISI, a toujours été baigné dans l’univers des sciences criminelles et comportementales.
Auteur d’une thèse sur Luigi Chiatti, le « Monstre de Foligno », un tueur en série italien, et journaliste de formation, s’est tout naturellement qu’il se tourna vers l’exercice complexe de l’écriture noire.
Mon baptême carrisien fut consacré avec l’un de ses petits joyaux, Le Chuchoteur, Prix des lecteurs policiers 2011 et Prix SCNF du polar européenn, véritable best-seller paru en 2009 chez LGF et 2010 chez Calmann Levy.
Une entrée en matière captivante et bouleversante à laquelle l’auteur, d’après de récentes informations, a décidé, plusieurs années après, de donner suite avec L’Ecorchée ( voire plus si affinités ).


Dieu Se Tait, Le Diable Murmure ...

Avec Le Chuchoteur, les promesses intrigantes de suspense et d’angoisse sont tenues dès la première de couverture avec une illustration aussi douce et innocente que dérangeante, le portrait figé d’une poupée de porcelaine au regard impénétrable, témoin ou complice du secret pesant que renferme l’œuvre .
« Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis le début de l’enquête, le criminologue Goran Gavila et son équipe ont l’impression d’être manipulés.
Chaque découverte macabre les oriente vers un assassin différent.
Lorsqu’ils découvrent un sixième bras, appartenant à une victime inconnue, ils appellent en renfort Mila Vasquez, experte en affaire d’enlèvement.
Dans le huis clos d’un appartement, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire ».

 Un Jeu de Piste Diabolique


L’auteur nous met d’entrée de jeu dans le bain, avec la découverte de la scène de crime en premier plan. 
Une démarche qui a mon sens a l’intelligence de ne pas nous ennuyer ou nous empêtrer dès le début dans des détails suffocants concernant la psychologie des personnages.
Aucun répit n’est laissé au lecteur, donc, qui se trouve soudainement submergé par l’horreur de la fresque, une véritable « hydrocution ».
Et c’est parti pour 570 pages de véritable chasse au trésor macabre aux arrières goûts de règlement de comptes, un labyrinthe pervers et fascinant dans lequel on finit par perdre le fil de ses investigations et parfois même laisser une brèche ouverte dans notre subconscient permettant ainsi à l’auteur et son « chuchoteur » de pénétrer notre esprit et notre échelle de valeurs.
On a très vite le sentiment que chaque épisode a été réduit à sa portion congrue, que l’auteur n’a sans doute pas hésité à faire le sacrifice de passages délayés qui auraient pu porter préjudice à son œuvre, mais accroître considérablement son chiffre d’affaires.
Le travail est digne de celui d’un orfèvre, impressionnant. 
Les rebondissements ne se font pas attendre et nous assaillent de toute part : on finit par craindre à la mi-lecture que CARRISI n’est plus rien à donner à la fin du livre tellement la construction de l’intrigue est nourrie.
La signature d’un grand esprit qui a à cœur d’offrir le meilleur de lui.
Les clés du mystère sont éparpillées un peu partout, reste au lecteur de savoir y prêter une grande attention et de déjouer les pièges. 
On se laisse littéralement capté par le « ventre du monstre ».
La force de cette fresque réside également dans un travail de fouille documentaire minutieux basé la plupart du temps sur des affaires réelles (études FBI en partie) et les récentes découvertes faites en criminologie qui ne font que renforcer la crédibilité du roman et sublimer l’imagination dont l’auteur fait montre.
Comme prend le temps de nous l’expliquer Donato CARRISI, le Chuchoteur est un profil de tueur en série sui generis, c’est-à-dire, n’empruntant à aucune autre catégorie déjà répertoriée.
Son génie réside dans sa capacité à investir l’esprit d’un tiers et d’y déposer des besoins, des désirs souvent obscènes et en contradiction parfaite avec les valeurs et la morale du sujet.
Ainsi, difficile de démontrer son implication directe dans les massacres programmés.
La morale du livre nous pousse à nous méfier de nous mêmes plus que des personnages qui composent l'intrigue, de nos limites et de nos certitudes quant au passage à l'acte.

Bonne Embarcation Moussaillon !

Note : 5/5

mercredi 2 avril 2014

Le Journal de Louise B. - Jean VAUTRIN


A l’origine photographe, cinéaste et scénariste sous le nom de Jean HERMAN, Jean VAUTRIN fait ses premiers pas littéraires avec des romans policiers. Rapidement, sa langue généreuse et inventive est reconnue et l’amène naturellement vers le Prix Goncourt 1989 avec son œuvre « Un Grand Pas Vers le Bon Dieu ». 

Livre après livre, avec beaucoup de souffle, il explore aujourd’hui la double veine du roman feuilletonesque et du roman noir.

L’auteur prend le genre policier très au sérieux en dévoilant toute l’ampleur de ses ressources. Porté par un verbe et un style forts, il devient l’instrument d’une bouleversante critique sociale.


Un écrivain prolifique (roman, nouvelle), souvent sous estimé car retiré dans sa campagne bordelaise loin des projecteurs mondains.

***

« Dans les environs d’Auxerre, en pleine campagne française, une jeune professeur d’anglais, Louise Anarcange, est violée par six de ses élèves après une fête de fin d’année où elle était conviée.
Louise, fille unique, fille modèle, a connu la souffrance d’une éducation stricte.
Son père, le Dr Anarcange, l’a protégée et peut être trop aimée. La question de l’inceste, subtilement omniprésente, explique peut être qu’à trente et un ans elle soit toujours vierge. Après le viol, Louise, qui a tout endossé jusqu’alors, explose littéralement.

Muette martyre, Louise Anarcange se transforme en Louise B., serial killeuse, double cynique et destructeur, sa « droite parallèle », qui baise et boit comme une fille perdue. Louise B., qui exercera sa vengeance contre les hommes. C’est le début d’une série de meurtres. Les héros de ce roman montrent que la frontière entre le Bien et le Mal demeure plus floue que jamais.

Louise est à la fois l’enfant cloitrée, la femme aux désirs refoulés, la victime et l’assassin, l’ange exterminateur. »


Dès le début de l’ouvrage, VAUTRIN annonce la couleur en citant BAUDELAIRE, « Ah Seigneur ! Donnez-moi la force et le courage de contempler mon cœur et mon corps sans dégoût » et O’CONNOR, « Et ce sont les violents qui l’emportent »… une capitulation devant le Mal ? Nous sommes prévenus et entrevoyions déjà l’atmosphère peu rassurante et chaleureuse des sentiers à emprunter.

Chaque chapitre est introduit par une phrase d’accroche personnelle à l’auteur. L’ingéniosité du procédé réside dans le fait qu’une fois lue, vous ne pouvez vous refuser de dévorer les lignes qui se profilent. A l’aide d’une pointe d’acidité, VAUTRIN pique nos nerfs à vif, chatouille une curiosité voyeuse et malsaine.

Ex : « Une fille toujours se fait dévorer par la bouche »

Il joue des mots à la façon d’un virtuose, tantôt en adoptant un style puissant et cru, frappe sans relâche les notes, tantôt en se lovant dans la douceur d’une poésie bourgeonnante, du bout des doigts caresse son clavier. A travers cet habile langage, il s’efforce de révéler la lourdeur du chaos que renferment les cœurs et les esprits.

« J’avais envie de m’égarer dans les méandres du cerveau du femme meurtrie. Je voulais un livre bleu, cette couleur étrange qui gomme les formes, créé du mystère. Avec Louise B.(leue), on traverse une zone onirique incontrôlable. Elle sombre, mais nous sommes les rescapés du naufrage d’une société chaotique. J’aime ce mot, chaos. Il définit bien notre époque, installée au seuil d’une nouvelle barbarie ».

Étonnamment le thème du viol en réunion ne semble pas intéresser le romancier, il se focalise exclusivement sur la psychologie de son personnage. Il veut dire le corps souillé, la peau brûlée à vif, l’esprit dévasté et revanchard. Dans cette noirceur, reste l’espoir d’un monde plus juste.

Un roman porté par une écriture d’une rare puissance, bouleversant de franchise. Inquiétant par la rudesse du langage employé ou encore par la position dans laquelle le lecteur se retrouve ; il assiste et se substitue aux souffrances et jouissances de l’héroïne, un travail de transposition fort déroutant.

On a mal pour elle, on s’essouffle avec elle, on La devient entièrement, on l’usurpe.

Je pense sincèrement que ce livre rendrait fou l’Ignoble, l’Innommable qui aurait eu le mauvais goût de perpétrer de tels actes, et qu’il réconforterait peut être les nombreuses victimes de ces ignominies en ce qu’elles trouveront sans doute là une voix qui les a comprises.


« Elle est dans le noir. Elle entrevoit les flammes de l’enfer. Elle a envie d’un corps neuf.
   Elle sait qu’à jamais elle n’aura de ressource que dans la révolte
 ».


Note : 4,5/5

mardi 1 avril 2014

La Femme Parfaite Est Une Connasse ! - Anne-Sophie & Marie-Aldine GIRARD

Une petite parenthèse légère pour ouvrir la saison printanière en douceur et avec humour.

Vous n’avez pu ignorer ce petit recueil de survie dédiée principalement à la gente féminine jonchant les étalages des librairies, et encore moins son titre tape à l’œil, véritable opération marketing à lui tout seul. 

Une plaidoirie à Quatre Mains


Et quoi de mieux qu’un duo gémellaire pour concocter un petit traité 95% girly.
L’une est humoriste, l’autre journaliste. Avec La Femme Parfaite Est Une Connasse, elles ont décidé à mettre en commun leurs connaissances accumulées à l’occasion d’un long travail de recherche, d’enquêtes approfondies et d’apéros entre copines … très scientifique et sociologique tout çà !

Une Ambition Malmenée


Extrait d’une préface enflammée :

« Les Jumelles GIRARD, par cet ouvrage, vont véritablement apporter quelque chose à la société. Car sous l’apparence légèreté de leur sommaire, c’est à l’essentiel que l’on touche ici. Parce que s’accepter imparfaite, c’est s’approcher de la plénitude.

C’est remercier toutes ces femmes qui ont lutté pour nos droits et prolonger leur œuvre avec audace et sincérité. C’est admettre qu’il y a parfois autant d’enjeux dans la rédaction d’un texto que dans celui d’un message de paix adressé au monde. Croyez-moi, ce livre est un premier pas vers une vie meilleure. »


Un Traité pour changer la face du monde ? Je reste un peu perplexe ; un petit moment de détente agréable ? Certainement. Quant au plaidoyer en faveur de la cause féminine, l’humour emprunt d’un soupçon de misogynie, laisse peu de place à la thèse.

Si les deux auteures n’ont pas eu la prétention de vouloir changer nos vies, le rendu sonne finalement assez creux.

Il n’en reste pas moins que le recueil est très divertissant, et qu’il n’est pas raisonnable selon moi d’essayer de gratter le vernis ou de lui faire dire plus qu’il n’y est écrit sous peine de passer à côté d’un moment agréable « entre copines ».
D’ailleurs, la mise en page elle-même se veut ludique et décomplexée (test, quizz, bons à tirer…etc).

La morale de l’histoire est clairement affichée : Etre Imparfaite et S’assumer Comme Telle et Savoir se Démarquer !
Ne plus se cacher derrière des mannequins cadavériques ou des diktats pour mégères apprivoisées.

Une lecture tampon comme je me plais à appeler ces petites bouffées d’oxygène qui vous permettre de reprendre votre souffle et vos esprits entre deux lectures tourmentées, aussi vaporeuses que nécessaires.

Exemples :

- " La théorie du pot de cacahuètes : Lors de l’apéritif, le pot de cacahuètes doit impérativement être disposé à une distance de plus de 80 cm, afin d’éviter toute tentation ! "

- " On arrêtera de montrer à notre coiffeur la photo d’une mannequin blonde aux cheveux bouclés alors qu’on est brune aux cheveux filasse. "



Note : 2,5/5

Critique de L'Anxiété Pure - Fred VARGAS



Je doutes que ce nom vous soit étranger, lecteur ou simple téléspectateur, les tribulations de l'inspecteur chef Adamsberg et de ses homologues européens n'ont pas cessées de courir nos tympans et nos mirettes ces dernières années.


Néanmoins, au risque de me répéter une énième fois, je tiens à rappeler à notre auditoire qu'il est toujours de bon ton de sortir de son chapeau quelques petits détails utiles avant de se lancer dans un monologue savant à l'occasion d'un dîner entre amis ou encore du rixe verbale et culturelle avec votre ennemi juré et de vous couvrir de ridicule : 


" Non, Fred VARGAS ne présente pas les attributs de la gente masculine, il ne s'agit là que d'un simple pseudonyme derrière lequel se cache une épatante archéologue et écrivaine nommée … Frédérique AUDOUIN-ROUZEAU."


Petit plaisir égocentrique et narcissique en bonne groupie de notre Grande Dame du Rompol , je me suis fait un devoir de peaufiner ma collection vargasienne avec deux ou trois petits traités qui avaient eu jusqu'alors l'audace de me filer entre les doigts.
Plus de peur que de mal, c'est à présent une affaire réglée avec la présentation de ce petit recueil dédié aux neurasthéniques qui sommeillent en nous et intitulé « Critique de l'anxiété pure ».


L'auteur mise sur son imprévisibilité car en effet, difficile de l'attendre à l'endroit même où cette maîtresse du grand frisson nous asphyxie d'angoisse à coups de savoureux romans policiers. 

La promesse de l’œuvre est simple mais pas sans prétention et l'entreprise complexe : Nous désinhiber, nous lester de nos tracas quotidiens et de nos peurs les plus perverses en 125 pages et tout cela pour la modique somme de trois euros (Editions Librio).


Reste qu'à la lecture des premières pages, les préludes de cette thérapie de groupe paraissent interminables et peu engageants et le style aussi lourd que remarquable.
VARGAS me laisse une légère amertume en bouche, un sentiment désagréable et soporifique de s'écouter parler (et oui malgré mon admiration certaine pour son talent, je ne me laisserai pas aveugler par quelques courbettes stylistiques).


Le tiers du livre ingurgité sans grand enthousiasme, je ne peux cependant me résoudre à en finir au plus vite et abandonner, cette plume vibrante et cette imaginaire bouleversant ne peuvent être des leurres, je persistes et signes. Grand bien m'en a pris, puisque passé ce récif de corail, je largues enfin mon scepticisme à quai et me laisses embarquer pour une dérive longue de plusieurs minutes au pays des hypothèses farfelues, des métaphores abracadabrantesques. 

Progressivement et subversivement, VARGAS nous entraîne sur les rives désertées depuis trop longtemps de notre inconscient et de nos épanchements passés sous silence... pour finalement nous alléger le corps et l'esprit le temps d'une … mais je ne vous en dit pas plus, à savoir pour vous si la recette « miracle » prendra !




Note : 3/5

samedi 22 mars 2014

Pig Island - Mo HAYDER

Une Pétroleuse Subversive et Talentueuse


Fille d’universitaires anglais, cette plume tranchante prend son envol dès son plus jeune âge, à 16 ans, où elle quitte brutalement sa famille pour se confronter à la vie active et partir à la découverte du monde. Attirée par le cinéma d’animation, elle s’installe à Los Angeles pour y entreprendre des études de cinéma.

De retour au bercail, elle décide alors de se consacrer à l’écriture. Elle fréquente les milieux policiers, les médecins légistes, ce qui lui permet rapidement d’avoir le terreau nécessaire pour accoucher de son premier roman Birdman qui fera une entrée fracassante dans le monde élitiste du thriller. Suivront, en 2002, L’homme du soir, en 2005 Tokyo (lauréat du Prix SNCF du Polar européen et du Prix des lectrices de ELLE), Pig Island en 2007 et Rituel en 2008.


Trois Petits Cochons…


Joe Oakes est journaliste et gagne sa vie en démystifiant les prétendus phénomènes paranormaux. En débarquant sur Pig Island, îlot perdu au large de l’Ecosse, il est fermement décide de vérifier si la trentaine d’allumés qui y vivent en vase clos vénèrent le diable comme les en accusent les gens de la côte.

Et, surtout, il veut tordre le cou au mythe du monstre qui aurait élu domicile sur l’île, une mystérieuse créature filmée deux ans plus tôt par un touriste à moitié ivre.

Mais rien, strictement rien ne se passe comme prévu. Joe est confronté à des évènements si atroces qu’ils bouleversent à jamais son idée de la peur et du mal…


Dans Le Cochon, Tout est Bon !


Une amorce plutôt alléchante pour les fanatiques de grands frissons mêlant pratiques obscures, mystères sectaires et fantastiques.

Le décor planté et les ingrédients idéalement sélectionnés, reste à savoir si le résultat sera à la hauteur des promesses annoncées.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que Mo Hayder à l’art de vous transporter dans son univers dès les premières lignes en prenant soin de donner ce qu’il faut de structure et d’épaisseur à ses personnages et l’univers dans lequel ils évoluent pour nous propulser sur l’île de Pig Island et nous improviser le temps de plusieurs centaines de pages traqueurs de secrets à la limite de l’obscénité.

Au fil de notre lecture on se rend très vite compte qu’il eu été imprudent de sous estimer la tourmente à laquelle l’intrigue nous confronte.

En mal de repères et sur nos gardes jusqu’à la fin, le style de cette jolie londonienne nous transporte et nous malmène avec une aisance sidérante, mettant sur nos chemins çà et là quelques bizarreries scientifiques et fresques insoutenables.

Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, mais que je vous recommande fortement.


Note : 5/5